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Dès que j’ai fait valoir mes droits à la retraite, je me suis reconverti à autre chose. Etant moi-même issu de parents paysans, je suis retourné à la terre. Je me suis installé au village , à Daoukro (220 km d’Abidjan), où j’entretiens ma plantation d’hévéa. Ma plantation étant loin du village , il était difficile de me joindre parce que j’étais hors réseau. Maintenant vers 17 heures, de retour de la plantation, je vois ma cour bondée de monde ; des pleurs par-ci, des cris par-là, etc…, et c’est là qu’on m’annonce que ma fille a été assassinée à Abidjan ; ‘’elle partait à l’examen et les bandits l’on tuée’’, m’a-t-on dit. Je ne sais même pas. 

C’était comme si la terre s’écroulait sous mes pieds. Sans voiture, Daoukro située à 220 km d’Abidjan, que dois-je faire ? J’ai donc presque veillé et très tôt le matin, j’ai pris la route en direction d’Abidjan. Je suis donc arrivé ici hier (jeudi, 13 août 2015 : Ndlr), vers 10 heures du matin, chez moi à la maison. Et c’est vers 16 heures que je me suis rendu à la morgue où j’ai été confronté à la terrible réalité avec le corps de ma fille tailladée à la machette. C’est après que j’ai porté plainte contre ‘’inconnu’’, à la police. 

Vraiment ! Je me sens très mal ! Ma fille était inscrite pour les examens du BTS cette année. Vous êtes chez nous à la maison (Résidant dans le petit village de Bimbresso situé à 20 km d’Abidjan sur la route de Dabou, Ndlr), et vous constatez que nous sommes en banlieue. Vous avez remarqué comment l’accès est difficile. Donc, pour sa période d’examen, elle a décidé de déménager chez l’une de mes filles adoptives qui n’habite pas loin du lieu où elle a été tuée. Les deux premiers jours de l’examen, elle est arrivée en retard, précisément à 9 heures. 

Il a fallu faire le pied de grue et demander pardon aux professeurs pour qu’on l’accepte en classe afin qu’elle puisse composer. Et le troisième jour, elle a donc décidé d’aller plutôt et c’est là qu’elle a été attaquée entre la station Lubafrique et la pharmacie Maty. Elle est tombée sur la voie publique, sans secours, et jusqu’à ce que les gens arrivent, ma fille avait déjà perdu la vie.(...) Son centre d’examen était situé au Plateau et ma fille adoptive habite à la ‘’Cité Bracodi’’, non loin de la station Lubafrique. Elle s’est rendue plus tôt à l’arrêt parce que les premiers autobus passent à 04 heures, par-là. Elle s’est dit, ‘’aujourd’hui, il faut que je parte tôt même s’il faut que j’attente devant la salle d’examen’’. 

Vous savez, chacun a sa conscience. En Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, c’est un peu le désordre ! Ça, il faut avoir le courage de le dire. La déontologie qui nous lie au métier (de police : Ndlr), personne ne la respecte. Dommage ! Chacun en fait à sa tête. Un officier de police lorsque vous avez un tel cas, qu’est-ce que vous faites ? On tente naturellement de rentrer en contact avec les parents de la victime. Moi-même, lorsque je suis arrivé à la Police, c’est là qu’on m’a dit : ‘’Ah.. Abony c’est toi, c’est ta fille ? On a pensé à toi etc.’’. Ils ont essayé de se justifier. 

Je leur ai répondu : ‘’vous me connaissez, on a travaillé ensemble…’’, et j’ai demandé de passer l’éponge. En fait, il y a un suivi qui n’a pas été bien fait. En tant qu’un père meurtri, j’en appelle aux médias afin qu’une forte communication soit faite autour du meurtre de ma fille pour qu’on découvre les coupables. (…) Aujourd’hui, nous sommes confrontés aux ‘’magnans’’ et aux ‘’microbes’’. Des enfants de rien du tout devant lesquels même les forces de l’ordre sont impuissantes. N’y a-t-il pas de justice dans ce pays pour les enfants ? Il faut que le gouvernement en place trouve une décision devant ce phénomène parce que nous n’en pouvons plus. Que nos gouvernants mettent fin à cette insécurité galopante.